Bla bla·couture·En lisant en écrivant·Etoffes

Keats

 DSCF3123
O Goddess! hear these tuneless numbers, wrung
         By sweet enforcement and remembrance dear,
And pardon that thy secrets should be sung
         Even into thine own soft-conched ear
(Ode to Psyche)

Un chemisier romantique, délicat, aux finitions classiques et soignées (fente indéchirable, ourlet arrondi, empiècements hauts), mais avec le twist qui change tout : la magie Dessine-moi un patron a encore frappé !…

Ce twist c’est les bandes plissées/froncées (au choix) sur la longueur de manche. Un parti pris assez radical, qui ne passera pas inaperçu mais qui n’est absolument pas compliqué à adopter. Et mine de rien, l’absence de col et la jolie courbe d’encolure apportent beaucoup de délicatesse à cette pièce.

DSCF3129

Comme d’habitude, le livret d’explication est claire, Émilie a le chic de dédramatiser les étapes pointilleuses. Dans quelques jours elle mettra en ligne un pas à pas qui achèvera de dissiper toute anxiété, comme pour chacun de ses modèles.

DSCF3128

John Keats, pour moi, c’est ce poète anglais découvert sur les bancs de la fac, une sorte de poète maudit, mort très jeune, aux vers poétiques qui dégagent une atmosphère qui m’est restée. C’est aussi le si beau film Bright Star de Jane Campion, merveille de délicatesse, qui raconte son histoire d’amour avec une jeune…couturière. Comme quoi mes deux centres d’intérêt peuvent se rencontrer !… Je suis loin d’être une spécialiste de Keats, mais j’y suis attachée. Le coup de foudre a donc été double lorsque la créatrice a présenté cette pièce. Rassurez-moi, je suis la seule pour qui le nom d’un patron a autant d’importance ?? (Curieusement le nom d’un vêtement en prêt à porter m’indiffère voire me fatigue, cette course au prénom féminin en -a me lasse quelque peu…) En même temps, je suis cette fille qui est d’abord tombée amoureuse du prénom de son homme – pour faire un gros raccourci bien sûr – alors je dois être un peu spéciale dans ce domaine !……….

J’avais donc en tête une version romantique, faussement classique, et ce coton pour chemise aux fines rayures bleu ciel et blanches était tout désigné. De même, je voulais tester les plis plutôt que des fronces, pour un jeu de rayures graphiques. J’avais fait tout un petit stock de cotons pour chemise rayés, l’an dernier, chez Bennytex, et je ne regrette pas ! Il en reste de beaux rouleaux à l’entrepôt d’ailleurs.

DSCF3126

J’ai apporté une petite touche de Liberty avec le biais de la fente poignet, à peine visible, juste pour moi. C’est un Capel bleu ciel, parfaitement accordé aux rayures.

Pas de souci technique, les repères sont suffisants et tombent pile poil (notamment tout le long de la manche, et c’est très appréciable). Les repères pour poser les poignets sont nombreux et TRÈS CLAIRES, ce qui m’a évité de m’arracher les cheveux comme à chaque fois, où finalement très souvent je me suis retrouvée avec un boutonnage à l’envers – ça doit être mon côté ambidextre ! Pour gérer la fente indéchirable, il existe le super tuto de Géraldine de République du Chiffon, grâce auquel j’ai appris la technique il y a quelques années. Pour ce qui est de l’ourlet arrondi, j’ai utilisé la technique du livre Ma garde-robe à coudre… de Charlotte Auzou, qui est simple et claire (si cela en intéresse, demandez-moi en commentaire, j’éditerai cet article avec l’explication).

Mon Keats, je le vois bien avec un short, comme ici le Carlotta de Wear Lemonade que j’ai cousu l’été dernier et porté indéfiniment, mais il ira superbement avec un short Pippa (affaire à suivre sur IG !), un jean flare taille bien haute, une petite jupe étroite. À présent j’imagine bien une version à manches courtes et fronces, ou même sans manches (et là ce serait ultra rapide !), jouer sur les imprimés ou les matières (plumetis, broderie anglaise, empiècements en dentelle…). Bref, encore un vêtement versatile !

DSCF3121

DSCF3127

Alors, pardon pour les photos au cadre serré, mais franchement, j’en suis à environ deux ou trois mois de « bad hair day », je suis au bout de ma vie niveau cheveux !…

Je vous laisse avec quelques images du film,

et juste pour le plaisir…

Ode on Melancholy

No, no, go not to Lethe, neither twist
       Wolf’s-bane, tight-rooted, for its poisonous wine;
Nor suffer thy pale forehead to be kiss’d
       By nightshade, ruby grape of Proserpine;
               Make not your rosary of yew-berries,
       Nor let the beetle, nor the death-moth be
               Your mournful Psyche, nor the downy owl
A partner in your sorrow’s mysteries;
       For shade to shade will come too drowsily,
               And drown the wakeful anguish of the soul.
But when the melancholy fit shall fall
       Sudden from heaven like a weeping cloud,
That fosters the droop-headed flowers all,
       And hides the green hill in an April shroud;
Then glut thy sorrow on a morning rose,
       Or on the rainbow of the salt sand-wave,
               Or on the wealth of globed peonies;
Or if thy mistress some rich anger shows,
       Emprison her soft hand, and let her rave,
               And feed deep, deep upon her peerless eyes.
She dwells with Beauty—Beauty that must die;
       And Joy, whose hand is ever at his lips
Bidding adieu; and aching Pleasure nigh,
       Turning to poison while the bee-mouth sips:
Ay, in the very temple of Delight
       Veil’d Melancholy has her sovran shrine,
               Though seen of none save him whose strenuous tongue
       Can burst Joy’s grape against his palate fine;
His soul shalt taste the sadness of her might,
               And be among her cloudy trophies hung.

Non, non ! ne va point au Léthé, ni consommer
Le vin vénéneux de l’aconit aux fortes racines ;
Ne souffre pas non plus à ton front pâle le baiser
De la belladone, raisin vermeil de Proserpine ;
Ne te fais pas un chapelet des baies de l’if ;
Que ni le carabe ni le sphinx tête de mort
Ne soient ta lugubre Psyché, ni l’effraie duvetée
Une compagne à tes mystères douloureux ;
Ou l’ombre s’unira à l’ombre sommeilleuse
Pour noyer en ton âme l’angoisse qui veillait.

Mais quand du haut des cieux l’accès de mélancolie
Soudain s’abattra comme une nuée de larmes,
Redonnant vigueur aux fleurs qui ployaient,
Couvrant le vert coteau d’un suaire d’Avril,
Qu’une rose du matin rassasie ton chagrin,
Ou l’arc-en-ciel naissant de la vague et du sable,
Ou la profusion des globes de pivoines ;
Que si quelque courroux embellit ta maîtresse,
Tiens serrée sa main douce et permets son délire,
Buvant profond, profond dans ses yeux sans pareils.

Elle demeure en la Beauté – Beauté qui doit périr ;
Et en la Joie, dont la main à ses lèvres à lui
Pour toujours dit adieu ; auprès du douloureux Plaisir,
Un poison que sa bouche, comme une abeille, aspire ;
Oui, c’est dans le temple même des Délices
Que se cache l’autel de la Mélancolie :
Seul le voit celui qui d’une langue énergique
À son palais délicat fait éclater les raisins de la Joie :
Son âme goûtera de Mélancolie le triste pouvoir,
Appendue parmi ses nuageux trophées.

(traduction Alain Praud)

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s