Bla bla·En lisant en écrivant

Culture / Allure / Littérature

Je suis une grosse consommatrice de presse. Féminine quasiment toujours, frivole la plupart du temps ; une façon d’être en phase avec l’air du temps, de toujours avoir de quoi lire, à tout moment, n’importe où.

Je suis perdue, rien qu’à l’idée de ne pas avoir de lecture lorsque je sors de mon nid parisien ! D’ailleurs, aussi loin que je souvienne, ça a été le cas… Je trouvais toujours le volume qui pourrait rentrer même dans la plus minuscule pochette, et quand bien même je n’y jetais pas un oeil, au-cas-oùon-ne-sait-jamais, j’étais rassurée. Emporter un peu de mon univers, partout. Nomade dans l’esprit, escargot dans les faits… (pour la maison sur le dos, et… la lenteur aussi !!). Version jeune femme dynamique : le 36h de Darel s’est imposé et ne me quittera pas de sitôt !..

Mais revenons-en au magazine !

Donc, entre livres de poche et presse, j’ai de quoi lire. Enfin… ce ne fut pas toujours aussi aisé ! Comme le soulevait pertinemment Marion il y a quelques jours, la presse féminine juvénile pour nous autres francophones est assez médiocre. A défaut, je suis tombée dans ELLE très tôt (sans regret !), et parallèlement ai fureté dans les publications anglo-saxonnes beaucoup plus malines.

Et puis un jour, dans ce désert des féminins pour lycéennes, a paru MUZE.

Avec ses couv’ attrayantes, pas racoleuses, et ce sous-titre, « Culture / Allure / Littérature »… Rencontre, fulgurance, ébullition. Coup de foudre ? Comme beaucoup de jeunes filles, je me suis sentie comprise, conquise, et jamais déçue. Une aventure qui a duré 5 ans. La barre était haute, elle fut maintenue. Une esthétique unique, assumée, suivie. Quelque chose de rassurant, très « jeunes filles en fleur », frais. Tout ce que j’aime.

Cinq belles années, des invités de choix à la Une, au coeur de l’actualité culturelle, et en totale cohérence avec la ligne éditoriale.

Il y a eu Charlotte Gainsbourg, Melvil Poupaud, Guillaume Canet, Emilie Simon, Mélanie Laurent, Edouard Baer, Nicole Kidman, Kate Winslet, Cécile de France, Romain Duris pour ceux qui m’ont le plus marquée. J’aimais quand ces invités se livraient dans le questionnaire de Proust, ou bien étaient portraiturés avec talent par Stéphanie Janicot -entre autres.

Un magazine avec beaucoup de personnalité, et un caractère bien marqué. Iconoclaste, unique, réjouissant. Critiques pas toujours consensuelles. De belles plumes, impliquées, reconnaissables, choisies : Joséphine Lebard pour le cinéma, Anne&Julien pour la musique, Stéphanie Janicot pour la littérature.

J’ai eu la chance, il y a deux ans, de faire partie d’un panel de lectrices. Une après-midi délicieuse, où j’ai pu mesurer cette implication, et sentir ce qui faisait ce magazine. Geneviève Welcomme en chef d’orchestre, attentive à ses lectrices autant que sûre de sa démarche, entourée d’une équipe soudée. Elles portaient avec brio cet édifice.

J’ai aimé, à chaque numéro, les chroniques originales et intelligentes, le décryptage d’œuvre d’art Muz’Art, l’Éty-mot croustillant (et jubilatoire pour une férue de langue française). Le florilège thématique de citations en ouverture, et le choix de poésie, toujours magnifiquement illustrés.

Grâce à Destin j’ai fait la connaissance d’Iris Murdoch, Elsa Morante, Carson Mc Cullers, Charlotte Perriand, ou encore Tina Modotti, retrouvé Irène Némirovsky, Virginia Woolf, et tant d’autres. Les dossiers philo, psycho. Toutes ces pages sortaient des sentiers battus, et forgeait mine de rien une culture saine, enrichie par les rubriques Entretien littéraire, Livre culte, le portfolio « Monde ».

Le prix peut sembler quelque peu rédhibitoire (presque six euros), j’imagine qu’il a freiné beaucoup de potentielles lectrices – j’en ai fait partie, des réticentes. Mais à l’évidence il les vaut. Et je me suis abonnée pour ne plus jamais rater un numéro.

Au fur et à mesure que j’écris ces lignes, je comprends ce qui m’a plu dans l’essence de ce mensuel : la conjugaison exigence-esthétique-fraîcheur. Intégrer qu’une fille peut aimer lire, réfléchir, sans oublier d’être coquette.

Pour sceller ce lien affectif, j’avais eu la grande joie d’y être publiée, pour une mini-nouvelle. Peut-être un jour la partagerais-je avec vous (numéro de novembre 2007, si vous avez l’occasion)…

Le numéro de décembre arrive, et avec lui la plus funeste des nouvelles,  sans préavis. Je tiens entre mes mains la dernière publication de cette ambitieuse revue. Sans appel. La loi de la rentabilité, qui empêche sa survie. Conjoncture oblige. Un choc !

Il faut bien avouer que ça sentait le sapin depuis plusieurs mois. Diminution du nombre de numéro, l’attente qui s’éternise entre deux opus, on se doutait qu’un boom de l’audience aurait été son seul salut. Las !

Cela fait quelques jours que je réfléchis à une belle façon de rendre hommage à un de mes magazines favoris, maintenant que sa mort est entérinée.

C’est curieux, à l’évidence un lectorat fidèle, fédéré, et à la fois une visibilité trop faible, qu’est-ce qui n’a pas marché ?

J’ai envie de remercier toute la rédaction de ce fabuleux magazine, qui fut une belle aventure. Je vais guêter ces signatures qui me promettaient de belles lignes, dans d’autres revues, et j’espèrerai désormais un miracle, aussi longtemps que me resteront les délicieuses sensations que me procurait Mon Muze.

Et nous n’avons plus qu’à relire les anciens numéros, les hors-série, impuissantes que nous sommes.

Il ne vous reste plus qu’à vous jeter sur l’ultime parution, avant qu’il ne soit trop tard, et partir à la chasse des précédents…

Le calendrier de l’Avent se déplume… Il était temps de vous faire apercevoir ma déco de Noël ! (home made, bien sûr)
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4 réflexions au sujet de « Culture / Allure / Littérature »

  1. Chère Esther,
    Je tombe par hasard sur votre blog et sur le très beau post que vous consacrez à Muze. Un grand merci. Alors que le journal s’arrête, voici qui fait chaud au coeur.
    Je me souviens très bien de vous lors de cette rencontre de lectrices.
    Je vous souhaite plein de bonnes choses pour la suite, en espérant que ce que vous avez lu dans Muze continuera, d’une façon ou d’une autre, d’irriguer votre vie !
    Bien à vous,
    Joséphine

  2. Bonjour,

    Vous étiez lectrice de Muze, peut-être même abonnée. Suite à ce message posté sur votre blog, je me me permets de vous signaler l’existence du blog de Muze http://blog.muze.fr et d’un espace « inscription à la newsletter ». Vous pourrez ainsi tout savoir du prochain retour de Muze.
    Cordialement,

    L’équipe de Muze

  3. Bonjour, je suis à la recherche d’anciens numéros de muze.
    Si par hasard l’envie vous vient de bien vouloir m’en vendre quelques-uns, ou si vous en avez en double (sait-on jamais!), sachez que vous comblerez une lectrice passionnée, à qui il manque quelques numéros…
    Un immense merci
    et bravo pour ce beau blog!

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