Bla bla·En lisant en écrivant

Robert, Goncourt et Renaudot

Ce soir, et après une journée déjà tout sauf glamour, je dois le reconnaître :  Robert m’a trahie.

Pas Pattinson, non. Je vous vois venir, hordes de fans. Robert, the Robert, LE Robert. Le mien en plus.

Des jours que je me révolte contre un mot qui m’a l’air tellement moche, qui sonne si mal. En plus, il n’a pas de chance, ce mot, il est très mal représenté : je l’entends dans des discours tous très disgrâcieux, cité par des gens assez ridicules, ou pires, insipides. Alors, pardon d’avance si vous l’utilisez. Disons que « toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé…« 

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Bref, je mourais d’envie de leur fourrer le nez dans le dictionnaire, à ces malotrus, pour leur prouver l’évidente inexistence d’un terme si inélégant.

Alors, toute confiante, en cette paisible soirée, je saisis sereinement mon Robert, totalement sûre de moi. Mais à un point ! Impossible autrement, pure formalité.

Et là ! C’est là que mon Robert me trahit. Oui, le verbe impacter existe. Je suis mortifiée. Le monde s’écroule, la langue française avec, comment peut-il en être autrement.  Il existe depuis 1992. Juste 17 ans de retard que je me prends dans la tête.Dis-sept ans, qu’il a attendu, pour infecter notre langage. J’espère qu’il attendra pas dix-sept ans pour tomber en désuétude. Non mais.

« Un mot si joli qu’on le voudrait avec des joues pour l’embrasser. »

Je suis fan de cette phrase de Jules Renard. Là pour le coup c’était tout le contraire. Ou plutôt, je le voudrais bien avec des joues pour le gifler, celui-ci.

Bon, la morale est : heureusement que je me suis retenue d’exposer publiquement.

Je te pardonne, va, mon Robert.

Sinon, aujourd’hui, c’était Goncourt et Renaudot. Je ne les ai pas encore lus (ce n’est pas l’envie qui m’en manque), mais cela me donne l’occasion de vous présenter mon Beigbeder préféré. Peut-être il me haïra après ça. Non, parce que les livres lubriques sous prétexte de 11 septembre, merci, très peu pour moi. Bien qu’il ne soit pas tombé dans les écueils attendus, je n’ai pas franchement goûté Windows on the World.

On connaît moins Beigbeder pour sa culture – il n’est pas critique littéraire pour rien. Dans Dernier inventaire avant liquidation, publié chez Grasset en 2001 (il y a encore le prix en francs !), le catalogue se mue en discussion agréable et ultra riche sur la littérature du 20e siècle.

Le pitch : en l’an 2000, la FNAC et Le Monde ont interrogé 6000 personnes pour en tirer une liste des 50 livres du siècle qui s’achevait. À charge pour l’auteur de les commenter.

Le péril était proche. Mais il s’écarte d’emblée avec brio de l’arbitraire du départ, du côté « liste pour clore le siècle », qui pourrait sembler une somme maladroite et un motif commercial rebattu.

Je me suis régalée de sa façon de présenter chaque œuvre, de nous emmener en ballade dans ce siècle si hétérogène, de faire tout le contraire de son titre. Là toute la finesse et la culture de l’homme s’offrent avec élégance, dans les anecdotes qu’il raconte sur tel ou tel écrivain, l’humour dénué du cynisme marque de fabrique des écrivains de l’auto-fiction à la française : le propos est la littérature, pas la vie.

J’aime ces livres qui vous transmettent un peu de savoir, l’air de rien, qui vous donne l’illusion d’entrer dans un cercle intime de connaissance.

Je vous laisse sur cette phrase, le meilleur argument.

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